L'AFFAIRE DU BOIS D'AILLY


(Extrait du J.M.O du 33ème R.I.)
26 avril 1915 - Le transport du régiment s'effectue en convoi auto, débarquement à Commercy et cantonnement à Vignot.
27 avril - Séjour dans le cantonnement.
28 avril - exécution des reconnaissances par les cdts de bataillon et le lieutenant-colonel commandant le régiment sur la tranchée de Vaux-Ferry.
29 avril - Le régiment reçoit l'ordre dans la matinée d'avoir à franchir la route Marbotte-Mécrin le 30 pour 3 heures et de se rassembler selon le dispositif suivant deux bataillons et la compagnie de mitrailleuses dans les abris de Vaux-Ferry au nord de la Croix St Jean et un bataillon à la lisière sud du bois de la Croix St Jean, à l'est de la route.
Départ du régiment à 22 heures.
30 avril - l'attaque est fixée à 13 heures, elle est exécutée sur le front blockhaus-courtine-champignon; sur le blockhaus par deux compagnies, sur la courtine par deux compagnies de III/33e (Cordonnier) et sur le champignon par deux autres III/33e. Cette dernière attaque doit être suivie d'une compagnie de I/33e (Charue) qui s'établira face à l'est.
L'attaque est déclenchée à 13 h exactement, les compagnies Cordonnier sont reçues par un feu violent d'artillerie et rejetées sur les tranchées. Les unités engagées perdent la moitié ou les 2/3 de leurs effectifs. L'attaque reprend à 19 h 50, le bataillon Charue aura pour objectif le blockhaus, il sera remplacé par le bataillon Cordonnier dans la courtine.
La 4/33e seule peut sortir, elle est accueillie par un feu d'artillerie violent en même temps les minenwerfers bombardent violemment les tranchées.
1er mai - L'attaque est suspendue.
5 mai - Attaque de la tranchée d'Ailly dès 6 h 40, Cordonnier reçoit l'ordre d'attaquer La Sablière en débouchant du bois Mullot. Le commandant Cordonnier part avec la 11e et la 10e compagnie, les 12e et 9e occupent les ouvrages de la croupe Croix St Jean au sud du blockhaus.
7 h 40, la 4/33e (Robert) est mise sous les ordres du commandant Cordonnier qui prend le commandement des 4, 9, 10, 11, 12/33e et avec ce groupement reprendra le poste de commandement situé dans le boyau du Génie. Le bombardement des bois continue, l'attaque progresse lentement dans le boyau du Génie.
Le commandant s'installe dans le bois Mullot face à la maison Blanche et face au boyau des "Anciens abris légers". 19 heures, la ligne du 73e cède. Les Allemands progressent au sud de la ligne du capitaine Charue.

RESUME SUCCINT DE L'EPISODE DU BOIS D'AILLY
(Extrait de l'historique succinct du 33ème R.I.)

Le 29 avril 1915, le bataillon Cordonnier, s'élançant le premier, est reçu par un tir violent d'infanterie et rejeté sur ses tranchées de départ perdant les 2/3 de son effectif.
Tranchée d'Ailly, le 3 mai 1915: L'ennemi ayant réussi à percer, se rabat sur la tranchée de Vaux-ferry qu'occupent les 73e et 33e R.I.. Le commandant Cordonnier contre-attaque aussitôt sur le flanc droit avec cinq compagnies et reprend une partie du terrain perdu, les 1e et 2e bataillon ensuite remplacent le 3. Le cdt Cordonnier est blessé le 6 mai 1915 au bois d'Ailly.

LE LIEU DE L'ACTION

Entre la Woëvre et Saint-Mihiel, à travers les hautes futaies et les taillis de la forêt d'Apremont, les tranchées françaises et allemandes, très rapprochées l'une de l'autre, suivent une ligne sinueuse, bordant les crêtes, coupant les ravins, escaladant les pentes de cette partie si accidentée des côtes lorraines. Depuis le mois de septembre 1914, de violents combats se sont livrés dans cette région. A coup de grenades ou de bombes, au bois Brûlé, au bois d'Ailly on s'est disputé pied à pied d'infimes parcelles de terrain. Nos troupes avaient en face d'elles un adversaire courageux opiniâtre, des contingents de bavarois, disciplinés, bien ravitaillés grâce à la proximité de la place de Metz.
Le bois d'Ailly s'étend à l'extrémité nord-ouest de la forêt d'Apremont; il chevauche une croupe dont les pentes sud descendent d'un mouvement rapide vers un ravin. Les Allemands tiennent la corne angulaire et les lisières des bois au bas des pentes. Nos tranchées, suivant le ravin remonte sur la partie déboisée de la colline longeant le bois, jusqu'à mi-pente.

Extrait de "Les armées françaises dans la grande guerre, tome II"


Le 25 avril 1915 se débute une réaction allemande sur la Tranchée Calonne. Le général Herr s'était efforcé d'arrêter l'attaque allemande et de contre-attaquer avec les troupes du secteur et les quelques renforts que le général Roques avait pu lui envoyer dès qu'il avait connu l'importance de l'attaque ennemie. Le général Dubail avait reçu deux divisons nouvelles : la 2e qu'il avait déjà donnée au général Roques et la 48e qu'il lui donna le 27 avril. Il se rendit dans la matinée de ce même jour à la 1ère armée pour s'entendre avec le général Roques sur l'emploi de ces deux divisions.Il désirait que la 2e division fut donné au 8e corps pour renforcer la 15e division au Bois d'Ailly, suivant ces directives le général Roques mit la 2e D.I. à la disposition du 8e corps en vue de donner un très grand développement aux attaques actuelles dites du Bois d'Ailly.
Le 8e corps attaquerait d'abord les lisières nord du bois d'Ailly, puis la croupe à l'ouest du bois Pernosse. La 65e division l'appuierait par son feu. Les difficultés de préparation par l'artillerie obligèrent le général Mondésir à reporter au 30 avril l'attaque du 8e corps. Celui-ci renforcé de la 2e D.I. devait, le 30 au matin, prendre l'offensive sur le front bois d'Ailly-Vaux-Fery.
Après une préparation qui avait paru suffisante, l'attaque du 8e corps fut lancée à l'heure prescrite. Elle progresse tout d'abord. Mais la droite prise en enfilade par des feux d'artillerie et de mitrailleuses recula, entraînant de proche en proche toute la ligne. L'action fut reprise à 12 heures, mais fût immédiatement arrêtée par les feux rapides de mitrailleuses. L'ennemi avait donc créé dans les tranchées des abris à l'épreuve de nos projectiles.
Dans la matinée du 1er mai, le général Dubail se rendit à la 1ére armée pour déterminer avec le général Roques la conduite à tenir. Ils en déduisirent la ligne de conduite à adopter : " les attaques d'hier au bois d'Ailly, écrivait-il n'ont pas donné de meilleures résultats que celles de la veille à la Tranchée Calonne et, tout naturellement se posent les deux questions suivantes " Ne s'est-on pas pressé d'exécuter les attaques ? Pourquoi n'ont elles pas réussi? "
Elles n'ont pas réussi parce que, bien que l'ont eût estimé la préparation suffisante, les événements ont démontré qu'il n'en était pas ainsi. Nous étions presque immédiatement heurtés à un réseau de fil intact en beaucoup d'endroit, preuve de l'inefficacité du bombardement de préparation.

Notes du commandant Cordonnier

Lundi 28 Avril 1915
Reconnaissance du Bois d'Ailly avec le Général Blazer.
Mardi 29 Avril 1915
Marche de nuit pour aller au Bois d'Ailly ( Croix ST Jean ).
Mercredi 30 Avril 1915
Je reçois l'ordre d'attaquer étant dans les tranchées à 40 mètres des Boches. L'attaque échoue, défaut de préparation d'artillerie. Insuffisance de guides. Un homme est resté 24 heures entre les deux lignes. Mon poste de commandement pulvérisé, un Capitaine du 10ème sérieusement blessé. Bocquet blessé. Mon émetteur est hors de service.

LE BOIS D'AILLY

Pendant que s'intensifient les combats aux Eparges, le commandement français tente de réduire le saillant de Saint-Mihiel à partir de la forêt d'Apremont; les noms comme le bois d'Ailly et le bois Brûlé vont devenir tristement célèbres (1).
Le 25 avril 1915 débute une réaction allemande sur la Tranchée Calonne (2). Le général Herr s'efforce d'arrêter l'attaque allemande et de contre-attaquer avec les troupes du secteur et les quelques renforts que le général Roques a pu lui envoyer dès qu'il a connu l'importance de l'attaque ennemie. Le général Dubail avait reçu deux divisons nouvelles : la 2e qu'il avait déjà donnée au général Roques et la 48e qu'il lui donna le 27 Avril. Pour renforcer la 15e division, le général Roques mit la 2e D.I. à la disposition du 8e corps, en vue de donner un très grand développement aux attaques actuelles dites du Bois d'Ailly.
Le 8e corps devait attaquer d'abord les lisières nord du bois d'Ailly, puis la croupe à l'ouest du bois Pernosse. La 65e division l'appuierait par son feu. Les difficultés de préparation par l'artillerie obligèrent le général Mondésir à reporter l'attaque au 30 avril. Le 28 avril, délaissant momentanément ses hommes, le commandant Henri Cordonnier exécute une reconnaissance sur la tranchée de Vaux-Fery du Bois d'Ailly avec le Général Blazer. Il constate avec inquiétude que les troupes en place sont presque face à face. Situées entre la Woëvre et Saint-Mihiel, à travers les hautes futaies et les taillis de la forêt d'Apremont, les tranchées françaises et allemandes, très rapprochées l'une de l'autre, suivent une ligne sinueuse, bordant les crêtes, coupant les ravins, escaladant les pentes de cette partie si accidentée des côtes lorraines. Arrivé le 29, le régiment reçoit l'ordre dans la matinée d'avoir à franchir la route Marbotte-Mécrin le 30 pour 3 heures et de se rassembler selon le dispositif suivant : deux bataillons et la compagnie de mitrailleuses dans les abris de Vaux-Fery au nord de la Croix St Jean et un bataillon à la lisière sud du bois de la Croix St Jean, à l'est de la route. Le départ du régiment s'effectue conformément au plan d'attaque à 22 heures pour gagner dans la nuit les abords du Bois d'Ailly (Croix ST Jean).
Depuis le mois de septembre 1914, de violents combats se sont livrés dans cette région. A coup de grenades ou de bombes, au bois Brûlé, au bois d'Ailly on s'est disputé pied à pied d'infimes parcelles de terrain. Il faut prendre le terrain par lambeaux, 100 m par 100 m. Attaques et contre-attaques se succèdent. Nos troupes ont en face d'elles un adversaire courageux, opiniâtre, des contingents de bavarois, disciplinés, bien ravitaillés grâce à la proximité de la place forte de Metz.
30 avril 1915 - l'attaque est fixée à 13 heures, elle devra être exécutée sur le front blockhaus-courtine-champignon (noms des objectifs reconnus), sur le blockhaus par deux compagnies, sur la courtine par deux compagnies de 3e bataillon (Cordonnier) et sur le champignon par deux autres du même bataillon. Cette dernière attaque doit être suivie d'une compagnie du 1er bataillon (capitaine Charue) qui s'établira face à l'est. Sans aucune préparation d'artillerie, à quarante mètres des Allemands, l'ordre d'attaquer à 13 h exactement est donné. Les compagnies Cordonnier s'élancent en premier, baïonnette au canon, gravissant d'un seul élan le parapet de la tranchée. Quelques pas en terrain découvert et soudain ils sont reçus par un feu violent d'artillerie qui décime leurs rangs. La droite prise en enfilade par des feux d'artillerie et de mitrailleuses ne peut que reculer, entraînant de proche en proche toute la ligne et la rejette sur les tranchées de départ. Les unités engagées perdent ainsi la moitié ou les 2/3 de leurs effectifs. Pour comble d'infortune, les Allemands font exploser un fourneau de mine, provoquant deux foyers d'incendie, qui isolent les premières lignes. L'action est reprise à 12 heures, mais arrêtée immédiatement par les feux rapides de mitrailleuses. L'ennemi avait donc créé dans les tranchées des abris à l'épreuve des projectiles.
L'état-major veut relancer l'attaque à tout prix, elle est fixée à 19 h 50, le bataillon Charue aura pour objectif le blockhaus, il sera remplacé ensuite par le bataillon Cordonnier dans la courtine. Le 4e bataillon seul peut sortir, il est accueilli par le même déferlement d'obus et de balles, tandis que les minenwefers (lance-mines à tir courbe) bombardent violemment les tranchées. Devant ce déchaînement de feu et d'acier, l'attaque est suspendue.
Dans la matinée du 1er mai, le général Dubail se rendit à la 1ère armée pour déterminer avec le général Roques la conduite à tenir. Ils en déduisirent la ligne de conduite à adopter : " les attaques d'hier au bois d'Ailly, écrivait-il n'ont pas donné de meilleures résultats que celles de la veille à la Tranchée Calonne et, tout naturellement se posent les deux questions suivantes " Ne s'est-on pas pressé d'exécuter les attaques ? Pourquoi n'ont elles pas réussi ? " (3).

elles n'ont pas réussi parce que, bien que l'ont eût estimé la préparation suffisante, les événement ont démontré qu'il n'en étaient pas ainsi. Les troupes étaient presque immédiatement heurtés à un réseau de fil intact en beaucoup d'endroit, preuve de l'inefficacité du bombardement de préparation!

Le commandant Cordonnier reconnaît et analyse parfaitement les raisons de cet échec -" Je reçois l'ordre d'attaquer étant dans les tranchées à 40 mètres des Boches. L'attaque échoue, défaut de préparation d'artillerie. Insuffisance de guides. Un homme est resté 24 heures entre les deux lignes. Mon poste de commandement pulvérisé, un Capitaine du 10ème sérieusement blessé. Bocquet blessé. Mon émetteur est hors de service.". Mais dans cette action le commandant a été blessé d'une balle à la cuisse. Bien qu'il s'agisse d'une blessure douloureuse Cordonnier, pansé sommairement, refuse d'être évacué. Il s'accroche résolument à la confiance de ses supérieurs qui lui avaient octroyé à titre provisoire le commandement du 3e bataillon. A t'il peur de décevoir ? toujours est-il qui ne laissera pas à un autre le soin de commander son bataillon! Il se souvient trop parfaitement de sa première blessure à Corfélix en septembre 14 qui lui a valu non seulement une terrible souffrance pendant plusieurs semaines mais aussi un malencontreux report de sa nomination.
Le 5mai - Attaque de la tranchée d'Ailly dès 6 h 40, Cordonnier reçoit l'ordre d'attaquer La Sablière en débouchant du bois Mullot. Il part avec la 11e et la 10e compagnie, les 12e et 9e occupent les ouvrages de la Croix St Jean au sud du blockhaus. L'ennemi ayant réussi à percer, se rabat sur la tranchée de Vaux-Ferry qu'occupe les 73e et 33e R.I. A 7 h 40, la 4/33e (Robert) est mise sous les ordres du commandant Cordonnier qui prend le commandement des 4, 9, 10, 11, 12/33e. Il contre-attaque aussitôt sur le flanc droit et avec ce groupement il reprend une partie du terrain perdu et le poste de commandement situé dans le boyau du Génie. Le bombardement des bois continue.
Dans un enfer, sous une tempête de fer et de feu les hommes se maintiennent tant bien que mal. Il n'y a plus d'abris; l'artillerie les a détruits. Certaines tranchées sont comblées, les parapets s'éboulent. Et malgré tout les agents de liaison passent à travers la mitraille, les brancardiers pansent et transportent les blessés. Les hommes courent de place en place pour éviter les points battus. Ailleurs, ils s'étendent au fond de la tranchée sur le ventre, protégés par leur sac, serrés les uns contre les autres. L'attaque progresse lentement dans le boyau du Génie. Le commandant Cordonnier peut installer son P.C. dans le bois Mullot face à la maison Blanche et face au boyau des "Anciens abris légers".
A 19 heures, la ligne du 73e cède. Les Allemands progressent au sud de la ligne du capitaine Charue. Mais les 1er et 2e bataillons appelés en renfort remplacent in-extrêmis le bataillon Cordonnier épuisé par ces deux contre-attaques successives et repoussent l'ennemi qui se présente de front. Le bois Mullot est enlevé, après un corps à corps furieux. Les Allemands tentent de progresser par le boyau du Génie, baïonnettes, crosses, outils, tout est employé pour arrêter l'ennemi. La position est maintenue durant toute la nuit, le bombardement diminuant d'intensité.

6 mai 1915, le jour se lève, les Allemands renoncent à de nouvelles et coûteuses contre-attaques. Jusqu'au 10 mai, les allemands renouvellent, à différentes reprises, leur tentative de percée, font exploser cinq fourneaux de mines dans le secteur de Champignon, nivellent chaque jour les tranchées au moyen de leur artillerie lourde et de torpilles, tout cela sans succès.

Le régiment a perdu, en dix jours: 10 officiers et 423 hommes.


(1) - C'est le 8 avril 1915, au bois Brûlé, que l'adjudant Jacques Péricard du 95e R.I., submergé, ne tenant plus la position qu'avec une poignée de survivants, crie: "Debout les morts!". Cette apostrophe en plein combat et quelques ouvrages écrits sur et pendant la guerre lui apportent une popularité qui le conduit à d'importantes responsabilités au sein du mouvement des anciens combattants de l'après-guerre.
(2) - Le nom de la tranchée Calonne pourrait faire croire que c'est un souvenir de la guerre. Il n'en est rien, et depuis plus d'un siècle, c'est ainsi que l'on désigne la route que M. Calonne, ministre des Finances de Louis XVI, fit tracer sur la crête des monts pour accéder à son château, bâti au pied des Hauts de Meuse.
(3) -Extrait de "Les armées françaises dans la grande guerre, tome II".

Du bois d'Ailly il ne reste plus maintenant que quelques troncs meurtris. C'est un champ de désolation, nivelé par les obus; pas un pouce de terrain qui n'ait été retourné. Dans ce chaos, les pierres, les cadavres et les armes s'entremêlent. On aperçoit çà et là des débris de toutes sortes, des morceaux d'équipement, le tout saupoudré d'une uniforme couleur grise par la poussière du sol pierreux. Pendant les six jours suivants, Cordonnier et son bataillon gardent la position, prêt contre toute attaque éventuelle. Il est ensuite évacué pour soigner sa blessure.
Le 4 juillet 1915, le général Brulard, commandant la 2ème D.I. remet la croix de guerre nouvellement instituée à quelques braves du régiment: le capitaine Charue, le capitaine Corbeil, le lieutenant Baggio et 8 hommes de troupe. Le commandant Cordonnier à cette occasion est cité à l'ordre de l'armée, c'est sa deuxième citation et sa deuxième blessure.
Ordre de la 1ère Armée, N° 19 du 4 juillet 1915:
Chef de bataillon au 33e R.I. Le commandant Cordonnier Henri
"A très brillamment commandé son bataillon. Dans un moment de crise a refoulé l'assaillant et a tenu énergiquement sur un point qu'il importait de conserver, alors qu'il était soumis en terrain découvert sous un feu extrêmement violent. Blessé dès le début de l'action d'une balle à la cuisse a conservé son commandement et est resté en position pendant sept jours, jusqu'au moment où son bataillon a été relevé, a refusé de se faire évacuer "


La recherche sur les documents des combats du bois d'Ailly, a fini par ancrer en moi le désir de me rendre dans cet endroit inconnu, au sud de St Mihiel. Ce désir fut renforcé au fur et à mesure de la rédaction du présent récit.
L'occasion se présente le 15 Avril 1999, ce jour-là sous une pluie battante mêlée de neige fondue, j'ai arpenté songeur le site du bois d'Ailly. J'ai parcouru avec émotion les bords glissants de la tranchée de la Soif. De place en place au fond cette tranchée à ma grande surprise j'ai pu distinguer les abris bétonnés qui servirent aux Allemands. Malgré la végétation dense qui a recouvert depuis des lustres ces lieux, la pluie omniprésente, j'ai distingué les vestiges de la vieille bataille.
Sous les rafales incessantes de pluie qui me cingle le visage, j'examine le monument d'Ailly, immense obélisque de pierre qui rappelle plus particulièrement le calvaire des 56e, 85e et 171e R.I.. L'averse immense frémissant sur le sol, continue inlassablement, noyant le sentier de limon ocre. Je me dirige maintenant vers le village de Marbotte, en descendant le chemin forestier, me maculant les pieds et les jambes dans les énormes flaques gonflées par la pluie diluvienne. Dans le bois, à mi-parcours, la croix St Jean soudain apparaît. Haute de quatre mètres, faite de chêne, elle m'indique avec certitude la proximité de l'emplacement de la tranchée Vaux-Fery où jadis a combattu le 33e et mon arrière-grand oncle. La tranchée aujourd'hui a disparu, probablement comblée, le bois étant visiblement exploité. Les nombreuses billes de bois ici et là en témoignent. Dans un vacarme d'eau bruissante sur le jeune feuillage de printemps, il semble, de temps en temps, que j'entends un cliquetis d'armes, un heurt, une chute, un éclat de voix: mais tous ces bruits venus du passé s'engloutissent, s'éparpillent aux coups de la pluie. Les trombes d'eau qui sans cesse s'abattent dans ce coin oublié forcent mon imagination. La pluie galopent sur les lacs en réduction que forment les flaques d'eau, je baisse la tête sous les rafales. Mais tout cela ne m'empêche pas de m'interroger : comment mon ancêtre, a-t-'il pu conserver toute son énergie, sa fougue sept jours durant, luttant dans la boue, dans une pluie d'eau et d'obus avec une blessure à la cuisse ?